Depuis plusieurs années, j’attire l’attention de notre jeunesse sur un danger silencieux : celui de devenir un peuple extrêmement fort dans l’émotion… mais terriblement faible dans l’organisation stratégique. Je m’explique pour toi, ami lecteur.
Le concert historique de Fally Ipupa au Stade de France est incontestablement une immense fierté culturelle pour le Congo, pour la diaspora et pour toute l’Afrique. Personne ne peut nier le génie artistique congolais. Personne ne peut nier que notre musique fait partie des rares domaines où l’Afrique rayonne encore mondialement sans demander la permission à personne.
Mais justement… c’est parce que nous sommes capables de mobiliser une telle puissance humaine qu’il faut avoir le courage de poser les vraies questions.
Pourquoi sommes-nous capables d’une discipline collective impressionnante pour le divertissement… mais pas pour la souveraineté économique ? Voilà le vrai sujet. Attention, il ne s’agit pas d’attaquer Fally Ipupa ni la musique congolaise. Ce serait intellectuellement malhonnête et politiquement immature.
La culture est une force. La rumba congolaise est un patrimoine mondial et un instrument de rayonnement extraordinaire. Mais un peuple sérieux doit être capable de réfléchir au-delà de l’émotion. Car pendant que nous célébrons nos artistes dans les grandes capitales occidentales, les grandes décisions économiques concernant nos minerais, notre dette et nos ressources stratégiques continuent d’être prises ailleurs, souvent sans nous.
Avez-vous déjà assisté à une mobilisation de 80 000 personnes qui marchent pour dénoncer un génocide chez nous ? Combien sont mobilisés pour exiger la transparence sur les contrats miniers ou soutenir nos ingénieurs et nos entrepreneurs ? C’est là où le débat devient géopolitique.
Les grandes puissances ont compris depuis longtemps que le divertissement est aussi un outil de contrôle psychologique des masses. Elles savent qu’un peuple absorbé uniquement par l’émotion devient progressivement moins exigeant sur les questions de souveraineté.
Et cela révèle un problème de profondeur :
- Pourquoi Kinshasa ne serait-elle pas capable d’avoir un complexe culturel et technologique plus puissant que ceux d’Europe ?
- Pourquoi le plus grand rendez-vous culturel africain devrait-il toujours avoir lieu hors d’Afrique ?
- Pourquoi notre argent enrichit-il davantage les économies étrangères que nos propres villes ?
Le véritable combat de notre génération n’est pas d’abandonner la musique. Le combat est de transformer notre puissance culturelle en puissance économique, diplomatique et civilisationnelle. Le problème n’est pas que les Congolais dansent. Le problème serait qu’ils ne fassent QUE danser pendant que d’autres organisent le monde à leur place.
Le Congo possède le génie artistique. Il doit maintenant conquérir le génie stratégique.
RoMe Mena

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