L'évolution du paysage politique de la République Démocratique du Congo (RDC) au cours des deux dernières décennies est indissociable de la figure de Gabriel Mokia Mandembo, président du Mouvement des Démocrates Congolais (MDC). Homme d'affaires aguerri avant de devenir un opposant historique, Mokia incarne une trajectoire où les intérêts économiques et les aspirations constitutionnelles s'entremêlent étroitement.
1. La genèse d'une opposition : Le "Non" prémonitoire de 2005
Un aspect fondamental de la pensée de Mokia est son opposition originelle à la Constitution actuelle. Dès le référendum de 2005, il s'était illustré en battant campagne contre ce texte, critiquant particulièrement les articles 2, 10 et 40.
Ses partisans rappellent qu'il avait prédit que ceux qui imposaient le "Oui" massif à l'époque seraient les premiers à vouloir contourner le texte une fois confrontés à la réalité du pouvoir. Cette posture fait de lui l'un des critiques les plus constants de l'architecture institutionnelle congolaise.
2. Le dilemme de la temporalité : L'article 71 en question
Au cœur du débat actuel de 2024, Gabriel Mokia développe une position nuancée sur le mandat présidentiel. Bien qu'il reconnaisse le cadre de l'article 71 (mandat de cinq ans renouvelable une fois), il soulève une problématique de fond : l'insuffisance du temps politique face à l'ampleur des réformes.
- Le constat : Cinq années peuvent s’avérer insuffisantes pour stabiliser un pays-continent comme la RDC.
- La doctrine : L’évaluation d’un mandat ne devrait pas être uniquement politique, mais fondée sur les résultats tangibles. Sans appeler explicitement à un troisième mandat, il ouvre la porte à une réflexion sur la durée de l'action publique.
3. La vision budgétaire : Le paradigme des 16 milliards
La proposition de porter le budget à 15 ou 16 milliards de dollars dès la première année est une interprétation directe de l'Article 58 (redistribution des richesses). Sa stratégie repose sur la relance de l'agriculture industrielle (café) pour sortir de la dépendance minière.
| Paramètres du Projet | Orientations Clés | Fondement Constitutionnel |
|---|---|---|
| Budget annuel | 15 - 16 milliards USD | Rationalisation fiscale (Art. 58) |
| Secteur prioritaire | Agriculture industrielle | Diversification économique |
| Primature | Issu du Kongo Central | Équilibre géopolitique |
4. L'expérience carcérale et la justice
Marqué par 42 mois de détention à Makala, Mokia utilise son parcours comme un analyseur du non-respect des articles 17 et 18. Pour lui, la "maladie" de la justice est le principal frein au développement : sans protection de la propriété privée (Article 34), l'investissement reste impossible.
"La force de la loi doit primer sur les forces occultes."
5. Souveraineté et Nationalisme Militaire
Sur la défense, Mokia rejette la diplomatie de médiation au profit de l'Article 63 (devoir de défense). Il prône une armée nationale puissante, expurgée de toute infiltration, pour garantir l'intégrité du territoire face aux agressions extérieures.
Synthèse et Conclusion
Gabriel Mokia Mandembo représente une voix singulière reposant sur trois piliers : une souveraineté économique agressive, une puissance militaire autonome et une efficacité de l'action publique imposant de repenser le temps constitutionnel. Pour lui, la Constitution ne doit plus être un texte de circonstance, mais l'acte de naissance d'une nation forte.
Comments est propulsé par CComment